Au module prĂ©cĂ©dent, on a lu le ciel. Maintenant, on regarde par terre. Choisir l'endroit exact oĂč la maison va se poser, c'est le choix le plus dĂ©finitif de tout le projet â celui qu'on ne rattrapera jamais. Et c'est aussi l'un des rares qui ne coĂ»te rien.
Ă la fin de ce module, vous saurezâŠ
- relever les masques solaires de votre terrain â c'est-Ă -dire ce qui vous vole votre soleil d'hiver ;
- arbitrer une implantation sur une pente (et savoir oĂč ne pas construire) ;
- utiliser la végétation comme un brise-soleil et un brise-vent gratuits ;
- lire ce que le PLU vous autorise, avant de dessiner quoi que ce soit ;
- produire votre plan de masse annoté, avec deux implantations possibles.
1 Les masques : qui vous vole votre soleil d'hiver ?
Un masque, c'est tout ce qui se met entre le soleil et votre future maison : une colline, un bois, la grange du voisin, une haie, un simple talus. Et voici la chose essentielle Ă comprendre â celle que 90 % des gens ratent :
La rĂšgle du tiers
Pas besoin de calculs savants pour un premier repĂ©rage. Voici un repĂšre simple, Ă garder en tĂȘte quand vous arpentez votre terrain :
vous coupe le soleil de midi en décembre.
Un exemple : un arbre de 10 m situĂ© Ă 20 m de la maison. 10 est plus grand que 20/3 (â 6,7 m) â il bloque. Le mĂȘme arbre Ă 40 m ? 10 est plus petit que 40/3 (â 13,3 m) â il ne bloque plus. La distance est votre meilleure alliĂ©e.
Comment relever ses masques
- Ce qui compte, c'est l'arc sud-est â sud â sud-ouest. C'est lĂ que se promĂšne le soleil d'hiver. Un obstacle plein nord ne vous vole aucun soleil (il peut en revanche vous protĂ©ger du vent â on y revient).
- La méthode simple : un rapporteur et un fil à plomb (un « clinomÚtre » du pauvre, qu'on fabrique en cinq minutes) suffisent à mesurer la hauteur angulaire d'un obstacle. Une appli de clinomÚtre sur téléphone fait pareil.
- La méthode qui convainc : une appli de course du soleil en réalité augmentée. Vous vous placez à l'endroit de la future maison, et vous voyez directement si la colline mange l'arc de décembre. C'est sans appel.
Et n'oubliez pas d'anticiper : les arbres poussent. Le jeune bosquet de 4 m au sud fera 15 m dans vingt ans â et vous privera du soleil au moment prĂ©cis oĂč vous serez content de l'avoir.
2 S'implanter sur une pente
Un terrain plat pose peu de questions. Une pente, elle, impose de vrais arbitrages â et quelques erreurs classiques Ă Ă©viter.
Ne construisez pas au point bas
On l'a vu au module 1 : l'air froid coule comme de l'eau et s'accumule en bas. Le fond du vallon, c'est le froid, le brouillard, l'humidité, les gelées tardives. C'est aussi là que l'eau de ruissellement finit sa course. Sauf contrainte majeure, montez de quelques mÚtres sur la pente : vous gagnez des degrés, de la lumiÚre, et vous éloignez l'eau.
Encastrer, ou pas ?
Adosser la maison à la pente (semi-enterrée cÎté amont) a de vrais atouts⊠et de vrais piÚges.
| Ce qu'on y gagne | Ce qu'il faut surveiller | |
|---|---|---|
| Encastrement cÎté amont | Le terrain protÚge du vent froid et stabilise la température (la terre est un tampon). Moins de surface exposée aux déperditions. Intégration douce dans le paysage. | L'humidité : drainage périphérique impératif, étanchéité soignée. Moins de lumiÚre et de vue de ce cÎté. Terrassement plus cher. |
| Maison posée sur la pente | Simple, sec, lumineux des deux cÎtés. Terrassement limité. | Plus exposée au vent. Nécessite parfois des fondations en gradins, ou un vide sanitaire. |
L'accÚs et les réseaux
Soyons honnĂȘtes : sur beaucoup de terrains, ce ne sont ni le soleil ni le vent qui dĂ©cident, mais par oĂč passe la voiture et oĂč arrive l'eau. C'est lĂ©gitime â un accĂšs impraticable en hiver ou 80 m de tranchĂ©e en plus, ça compte.
Le message de ce cours n'est pas « le soleil avant tout ». C'est : arbitrez en connaissance de cause. Si vous renoncez Ă la meilleure exposition pour un accĂšs raisonnable, faites-le en sachant ce que vous perdez â et compensez ailleurs (plus de vitrage au sud, une meilleure isolation, un poĂȘle de masse).
3 La végétation, votre alliée gratuite
Au sud : des arbres Ă feuilles caduques
C'est l'un des plus beaux tours de la nature. Un arbre caduc (qui perd ses feuilles) planté au sud vous ombrage généreusement en été⊠et vous rend le soleil en hiver, quand il est nu.
Face au vent : des persistants
Une haie dense ou un rideau de conifĂšres, plantĂ© face au vent dominant, casse le vent toute l'annĂ©e â y compris en hiver, quand vous en avez besoin. La protection porte sur une distance de l'ordre de dix fois la hauteur de la haie : une haie de 5 m abrite utilement jusqu'Ă une cinquantaine de mĂštres derriĂšre elle.
Un bon brise-vent n'est pas un mur : il est semi-perméable. Un mur plein crée des turbulences qui redescendent juste derriÚre. Une haie, elle, freine et disperse.
4 Ce que le PLU vous autorise
Vous pouvez avoir la plus belle intention bioclimatique du monde : c'est le PLU (plan local d'urbanisme) qui a le dernier mot. Il peut imposer :
- un recul par rapport à la voie et aux limites de propriété ;
- une emprise au sol et une hauteur maximales ;
- l'aspect : pente et matériau de toiture, couleurs, type de bardage ;
- parfois mĂȘme l'orientation du faĂźtage ou l'alignement sur la rue.
OĂč le trouver ? En mairie, ou en ligne sur le GĂ©oportail de l'urbanisme. Et si vous voulez une rĂ©ponse ferme sur ce que votre terrain autorise, demandez un certificat d'urbanisme : c'est gratuit, et ça engage la commune.
Vérifiez aussi les servitudes : passage, réseaux, vue⊠et la proximité d'un monument historique, qui déclenche l'avis de l'Architecte des Bùtiments de France.
5 Arbitrer, et assumer
Il n'existe presque jamais d'implantation qui gagne sur tous les tableaux. Vous devrez trancher entre le soleil, l'accÚs, la vue, le terrassement, les réseaux, le PLU, l'intimité.
La bonne mĂ©thode est simple : dessinez deux ou trois implantations possibles, listez pour chacune ce que vous gagnez et ce que vous perdez, puis choisissez â les yeux ouverts.
Ă retenir
- Les masques sont un problĂšme d'hiver : le soleil bas (16-23°) est coupĂ© par le moindre obstacle. Seul l'arc sud-est â sud â sud-ouest compte.
- La rÚgle du tiers : au sud, un obstacle plus haut que le tiers de sa distance vous coupe le soleil de midi en décembre. (Plus sévÚre au nord de la France.)
- Ne construisez pas au point bas : l'air froid et l'eau y descendent. Montez sur la pente.
- Si vous encastrez, drainez â sinon vous fabriquez une baignoire.
- Caducs au sud (store automatique), persistants face au vent (brise-vent). Et anticipez la taille adulte des arbres.
- Lisez le PLU avant de dessiner. Il a le dernier mot.
Atelier â votre plan de masse annotĂ©
Remplissez votre carnet directement ici â vos rĂ©ponses sont enregistrĂ©es sur votre appareil â ou imprimez la page pour Ă©crire Ă la main.
Fiche 1. Le fond de plan
Le deuxiÚme document clé du cours, aprÚs la fiche climat. Prenez le temps : tout ce qui suit s'appuiera dessus.
Fiche 2. Le nord et la course du soleil
Fiche 3. Les masques (l'arc SE â S â SO)
Fiche 4. Le vent et l'eau
Fiche 5. Deux implantations possibles
Dessinez deux emplacements sur le plan, puis pesez le pour et le contre â les yeux ouverts.
Fiche 6. Le test PLU
Source : PLU de votre commune (mairie ou Géoportail de l'urbanisme). Un certificat d'urbanisme donne une réponse opposable.
Les bases de ce module : Hauteur du soleil d'hiver : voir le module 1 (dĂ©clinaison â23,4° au solstice). · RĂšgles d'urbanisme, reculs, emprise, hauteur : PLU de votre commune (mairie ou GĂ©oportail de l'urbanisme) ; certificat d'urbanisme pour une rĂ©ponse opposable. · EfficacitĂ© des brise-vent : protection sur l'ordre de 10 fois la hauteur de la haie, avec un Ă©cran semi-permĂ©able.